Dakar 2019

Le Pérou a accueilli la 41e édition du Dakar, achevée à Lima après 10 étapes éprouvantes dont sont sortis victorieux un Toby Price héroïque en moto, Nasser Al Attiyah pour un troisième titre en auto avec une aisance stratégique exemplaire, Nicolas Cavigliasso en quad sur un mode de domination encore jamais vu sur le Dakar, Francisco « Chaleco » Lopez pour un retour et une reconversion gagnante après six ans d’absence chez les SxS, et Eduard Nikolaev pour un quadruplé en camions. Au-delà des vainqueurs, 179 pilotes et équipages (75 motos, 15 quads, 76 autos dont 20 SxS et 13 camions) ont rejoint Lima pour y savourer en fin de journée une cérémonie de podium sur la plage de Magdalena… là où tout avait commencé.


MOTOS

Triplé KTM pour cette 41ème édition

L’histoire ne pouvait être plus belle pour le monstre de détermination et de courage que représente Toby Price. Engagé sur son cinquième Dakar avec un poignet encore douloureux suite à une fracture du scaphoïde quelques semaines seulement avant le départ, l’Australien a fait le dos rond et joué la régularité face à la fougue de ses adversaires qui enchainaient les victoires d’étapes. Serrant les dents jours après jour pour se maintenir au contact des meilleurs, le vainqueur 2016 a finalement pris les commandes du rallye à la veille de l’arrivée, offrant un ultime récital avec la victoire d’étape à Lima. 

De quoi accrocher un deuxième Dakar à son palmarès, un 18e d’affilé à celui de son employeur KTM. Et la firme autrichienne aura rarement connu pareil triomphe en plaçant ses trois pilotes officiels sur le podium au Pérou. Matthias Walkner, champion en titre, prend la deuxième place tandis que Sam Sunderland, vainqueur 2017, complète un podium qui se refuse cette année encore à Honda.

Joan Barreda avait pourtant offert au HRC de beaux espoirs avec un superbe début de rallye avant de se perdre, tandis que Ricky Brabec était lui étonnant de facilité durant 8 étapes… jusqu’à la casse du moteur de sa Honda. Une cruelle désillusion pour l’Américain un an après avoir déjà souffert du même mot, à la hauteur de celle d’Adrien Van Beveren, lui aussi lâché par la mécanique de sa Yamaha si proche du but.

Et c’est finalement Pablo Quintanilla qui aura tenu le plus longtemps la dragée haute au clan KTM, avant de s’effondrer sur une chute dans les derniers kilomètres de l’intransigeant Dakar…
A 32 ans et après sept Dakar, Pablo Quintanilla pensait enfin tenir son jour. Deuxième du général ce matin à une minute d’un Toby Price diminué, le Chilien était décidé à sortir la grosse attaque pour aller chercher le rêve d’une vie, remporter le Dakar… Un rêve qui a tourné au cauchemar lors de cette ultime spéciale sablonneuse avec la chute du pilote officiel Husqvarna quelques kilomètres seulement après le départ. Reparti au courage pour boucler la spéciale malgré une fracture de la cheville et sauver sa place sur le podium, « Quintafondo » s’en est finalement vu déposséder par le retour dans le Top 3 sur tapis vert de Sam Sunderland. Recrédité de l’heure de pénalité infligée suite à son problème d’Iritrack lors de l’étape 8, l’Anglais repousse son adversaire à la plus frustrante des positions…

Toby Price : « La joie est plus forte que la douleur »

Trois ans après être devenu le premier vainqueur australien du Dakar, Toby Price s’impose à nouveau en ayant lutté contre la douleur croissante d’une blessure du scaphoïde encore un peu trop fraîche au départ du rallye.

« C’est fou ce Dakar. Et fou de penser que j’ai passé toute la course sans remporter d’étape jusqu’à ce matin, mais que j’arrive tout de même à gagner. Je suis totalement sur la lune. Ça a été 10 jours très long. Je pensais que je risquais peut-être de faire seulement deux étapes et quitter le rallye. Mais j’ai reçu énormément de soutien d’Australie, et j’ai continué à y croire. J’ai l’impression qu’il y a cinq personnes qui roulent sur mon poignet en permanence, ce n’est vraiment pas confortable, mais au bout du compte quand il y a la victoire, la douleur disparait. La joie est plus forte que la douleur.

Je ne suis pas le boss, il y a tellement de pilotes capables de gagner le Dakar. On le voit nous étions tous à la bagarre avec des écarts très minces. Quintanilla aurait pu gagner, tout comme Matthias (Walkner) ou alors Kevin Benavides, qui a fait du très bon travail. Je ne sais pas si je suis un guerrier, mais je n’abandonne jamais, c’est tout. J’aime être là, j’aime cette famille du Dakar, j’aime cette équipe KTM, c’est aussi pour tout cela que je m’accroche. »

Autos

Toyota - Mini - Peugeot

Un seul duo est parvenu à passer à travers toutes les embuches, à trouver l’équilibre parfait entre la performance et la sécurité du pilotage, à saisir toutes les subtilités de navigation qui leur étaient imposées… il s’agit de l’attelage composé de Nasser Al Attiyah à la manœuvre et de Mathieu Baumel au micro. Au terme de ces dix étapes dont il en a remporté trois, le pilote qatari s’impose aussi pour la troisième fois sur le Dakar, selon un scénario manifestement peaufiné avec un sens stratégique abouti. Tour à tour, le « Prince du désert » a éloigné ses poursuivants directs, portant un coup radical à la concurrence sur l’étape de Super Ica (Et.8), où il a pris soin de se ménager un départ bien plus lointain que ses rivaux. 

Tout en contrôle, le patron de la course a ensuite observé ses poursuivants se débattre dans les dunes, qu’ils s’appellent Stéphane Peterhansel, Sébastien Loeb ou Nani Roma, pour aller réparer à Lima une incongruité historique. Toyota, la marque qui a certainement aligné le plus grand nombre de véhicules dans l’histoire du Dakar, s’impose pour la première fois dans la catégorie autos, récompensant les efforts du Team Overdrive, qui a plusieurs fois buté sur les Peugeot ou les Mini pour accéder à la plus haute marche, avec Giniel de Villiers ou déjà avec Al Attiyah l’année dernière. 

Côté X-Raid, c’est finalement avec la Mini 4x4 que l’équipe obtient ses meilleurs résultats, avec Nani Roma en 2e position tandis que Jakub Przygonski a encore gravi une marge dans la hiérarchie en se hissant à la 4e place. Le défi de Sébastien Loeb a bel et bien semblé crédible au vu des écarts qu’il est capable de réaliser lorsque tous les signaux sont au vert. Mais les fautes de navigation et les pannes mécaniques ont eu raison de ses espoirs de victoire. Il repart avec quatre étapes supplémentaires et une nouvelle place sur le podium final (3e).

Side by Side

Domination can am

La bataille a bel et bien eu lieu dans la catégorie Side by Side, dont l’effectif a triplé en 2019 (30 équipages au départ), avec l’arrivée de têtes d’affiche de prestige, dont l’ex-pilote moto Francisco Lopez, qui avait échoué dans sa conquête du titre sur deux roues (3e en 2010 et en 2013) mais n’a pas raté le coche pour sa première apparition en SxS. Bien qu’ayant démarré en retrait son rallye, « Chaleco » s’est montré impérial devant le tenant du titre Reinaldo Varela et l’ancien motard Gerard Farres (3e en 2017), pendant que les Sergei Kariakin, Casey Currie ou Ignacio Casale avaient déjà perdu beaucoup de terrain. Le revenant le plus en réussite du Dakar 2019, qui a ajouté trois victoires d’étapes à sa collection déjà bien fournie (11 spéciales à moto), inscrit un peu plus le Chili sur la carte du rallye raid avec un sacre qui s’ajoute aux deux succès d’Ignacio Casale en quad (2014, 2018).

Quads

Domination Yamaha

Si Yamaha n’a pas encore réussi à détrôner la suprématie KTM dans la catégorie moto force est de constaté que dans la catégorie quad le Yamaha 700 Raptor semble être l’arme absolue.

La course a rapidement tourné à l’avantage de l’Argentin Nicolas Gavigliasso. Dire que le pilote de Cordoba a survolé ce Dakar tient de l’euphémisme puisqu’il a tout simplement remporté neuf des dix étapes de l’édition 2019. Du jamais vu dans l’histoire du plus célèbre des rallye-raids, toutes catégories confondues. Et dire qu’à 27 ans, le pilote Yamaha ne disputait cette année que son deuxième Dakar. « Ça n’a pas été aussi facile que certains peuvent l’imaginer, déclarait Nico à l’arrivée de la dernière étape. J’ai travaillé dur pour gagner ce Dakar. Ce n’est que mon deuxième Dakar mais je voulais vraiment le terminer devant. Je l’ai gagné, je suis le plus heureux. » 

Deuxième du classement général à 1h55 du vainqueur, Jeremias Gonzalez Ferioli aura été le seul adversaire de Cavigliasso à parvenir à gagner une étape, en l’occurrence la troisième. Alors qu’il disputait son quatrième Dakar, le jeune pilote de Cordoba de 23 ans n’a pas réussi à faire trembler son compatriote. 

Derrière les deux Argentins, c’est le Français Alexandre Giroud qui s’offre la troisième marche du podium.